Marie, Grand-mère bricole (La décroissance, no. 11 septembre octobre 2006)Marie, institutrice, épouse et mère de famille, faisant
un boulot qu'elle aime... vivant comme toutes les autres
à un rythme d'enfer, s'arrête un jour, plaque tout,
quand ses enfants sont grands... et vit sa vie...
toute seule, au quotidien, avec sa petite rente de
situation, minimalement...Ce que d'aucun aurait appelé "La simplicité volontaire".
Simplicité certes, volontaire, je suis pas certain.
D'abord son cas n'est ni unique, ni récent. Mais cependant,
ce mouvement prend une certaine importance aujourd'hui.
Il faut se rappeler, les beaux rêves des hippies des
années 60-70 qui se transformèrent en cauchemar pour
une bonne partie de cette jeunesse revenant de la
guerre amputée, ou tout simplement, jeunesse mis de
côtée, en chômage... les belles amoureuses des
années 68-69 devenaient d'horribles monstres "punk"
10 ans plus tard... hors de la société, plutot dans
les marges les plus vulnérables de la société dans
les squatters... la simplicité, ils et elles l'avaient
tous et toutes... puis... nouvelle relance... fin dea
années 90... le mouvement "grunge" aus Etats-Unis,
où les jeunes "rockers" passent sous l'influence des
écolos... eux-aussi, c'est le chômage...La simplicité volontaire, comme conceptualisation
de la "misère et de la débrouille" comme l'Afrique
post-coloniale... des centaines de millions d'humains...
c'est pas de la tarte, ni un simple mouvement culturel.
Les Pays du Nord atteints par la tiers-mondisation
ce qu'on appela ici, la naissance de l'exclusion...Que des intellectuels se penchent sur ces phénomènes
il me semble que c'est tout à fait normal.
La difficulté qui se pose c'est l'idéalisation qui en
est faite.Revenons au cas de Marie. Marie l'institutrice était
salarié des Services Publics, l'éducation c'est quand
même pas un si mauvais boulot, même si son exercice
ces 20 dernières années s'est détérioré. Tout craque
un jour, où semble craqué.Revenons en arrière; Marie la petite, jeune, étudiante
a une passion, l'école, l'éducation, elle fait le bacc
puis les universités... elle veut enseigner... enfin
aider les petits, les jeunes à apprendre les choses
importantes de la vie. Elle se trouve un boulot.
Elle rencontre son mec avec qui elle aura trois filles
et enseigne toute l'année. Des années durant au service
des enfants à l'école, des enfants à la maison, etc...
elle vieillit, elle a moins la force, l'école des 20
dernières années se détériorent... et devient aussi
plus violente, des élèves et des administrations. Pas
le temps de prendre une pause... Les cahiers de devoir
à la maison, se mêlent aux cahiers de ceux qu'elles
corrigent à l'école... puis toutes les civilités
qu'il faut faire... Mais qui c'est Marie?Marie, c'est "je te donne tout" et "il ne me reste
plus rien". Une fois les enfants partis...Néant.
Elle n'est plus rien. On lui a extorqué 30 ans
d'existence, comme une bagnarde. Le plus difficile,
c'est qu'elle le voulait, enfin, c'est ce qu'elle
croyait vouloir. Rien de plus qu'une petite NOUNOU,
à la Maison, à l'école. Il n'y manque que le
poinçoin... ce serait l'Usine, elle l'ouvrière.Maintenant, grand-mère... elle n'a plus envie
de rien du tout que de vivre la vie qu'on lui
a volé... de vivre la vie que peut-être la petite
Marie avait voulu vivre... Mais qui est Marie?Il faut lui laisser le temps!
La société bourgeoise nous "impose une petite case",
hors de celle-ci, point de salut, dans tous les
sens du mot. Mais ces petites cases éclatent, elles
sont trop petites, comme pour les oisillons qui
veulent s'envoler. On ne sait pas vraiement ce
qui se passe, quand on regarde autour, plein de
petites coquilles vides... le merle moqueur s'est
tiré...
Enfin... c'est tout sauf de la simplicité volontaire!
Simon Brouillard
PS. La simplicité volontaire: Phénomène psychologique
et culturel d'anticipation de l'avenir de la
petite bourgeoisie qui doit faire face à son avenir
devant le dilemme prolétariat-bourgeoisie.